DISTANCE UNE
Le temps passe si vite
J’les ai pas vus partir
Y’en avait des montagnes
Reste qu’une morne vallée
J’en ai eu, j’en ai plus
Mais j’en aurais
Y’en avait à foison
J’en étais débordé
Une vraie rivière en crue
Le lit s’est desséché
J’en ai eu, j’en ai plus
Mais j’en aurais
De la cave au grenier
Tout était si bien rangé
Mais devant la cohue
Le vide est arrivé
J’en ai eu, j’en ai plus
Mais j’en aurais
Un camion à ras bord
C’est garé, là, ici
On a tout déchargé
Puis tout s’est envolé
J’en ai eu, j’en ai plus
Mais j’en aurais
C’était un vrai bazar
Où l’on trouvait sa vie
Caverne d’Ali Baba
Des trésors, y’en a plus
J’en ai eu, j’en ai plus
Mais j’en aurais
Attendez ce n’est PATOU
Juste un conseil à vous
Ailleurs, pouvez aller
Jamais vous ne trouverez
J’en ai eu, j’en ai plus
Des cheveux, j’en aurais plus
DISTANCE DEUX
Il est 7h34
Sur la montre digitale
Et je roule
Tu vois, je roule
Enfin tu sais que je roule
Je sais que tu le sais
C’est-à-dire
Que je roule
Que tu l’as voulu
Et moi aussi
Que je roule
Alors je roule
C’est tout ce que je fais, rouler
Rien d’autre
A dire
Je roule
Comme tu le voulais
Comme je le voulais
Tu ne dis rien
Tu sais que je roule
Les roues tournent
Vraiment les roues tournent
Je roule et tu sais
Que les roues tournent
Pour toi et pour moi
Tour après tour
Si longtemps
Pour si loin
Tout au bout
Tout au bout de la route
Au bout de tant et tant de tours de roue
Tu attends
Je sais que tu attends
Pourtant s’usent les roues
S’use notre désir
S’usent les secondes
S’usent les levées de la lune
S’usent les couchés du soleil
Je roule, tu le sais bien
Je roule à m’épuiser
Tu m’attends à suer dans ta robe
Que j’aime tant
Cette robe légère
Soulevée par le vent
Je sue sur le volant
Cette route est si longue
Et tu es si loin
Mais tu ne m’en veux pas
Tu sais que je roule
Et que je vais faire
Des tours et des tours
De roue
Je sais que tu pardonnes
A cette route si longue
Si loin
Tu m’attends
Au bout de cette route
Tu m’attends
Au bord de cette route
Si longue si loin
Nos roues tournent
Il est 19h47
Je venais
Tu le savais bien
« As-tu un beau couteau ?
Coutèle elle et coutèle lui
Coutèle par ci, coutèle par là
Coutèle moi et coutèle toi
Coutélons et coutélez
Ils coutèlerons de toutes façons
Pour coutéler faut du métier
Le seul métier c’est coutélier
T’as un couteau, alors coutèle
T’es coutelier, t’as un couteau
Un coup dans l’eau
Ce n’est pas mortel
Mais ce n’est pas pro
Alors coutèle pour couteler
Ne pense à rien
Pense au couteau
Coutèle courrier
Coutèle coucou
Coutèle courroux
DISTANCE QUATRE
DISTANCE CINQ
C’était un ciel noir, un ciel sans avenir
La lumière déclinait soudain, sans avertir
Il y eu des éclairs, du tonnerre, un orage
Et pourtant aucune goutte n’atteignit le rivage
Les bateaux en péril et aux voiles déchirées
S’abandonnaient sans remord à leur destiné
Perdant le nord, le sud, boussole déboussolée
Les cales n’attendaient rien de la coque démâtée
Il y eu des jurons et de belles envolées
De longs corps dénudés, de barils éventrés
Ni les cieux et ni les flots n’étaient épargnés
Le meilleur et le pire ne semblaient exister
Assis, accoudé sur une table de bois épais
Les vêtements de toile comme une peau de bai
Il raclait dans sa gorge des mots sans lendemain
Plus une seule oreille ne s’attardait maintenant
Nul dans les rues pavées ne se faufilait
Pas un chat, pas un chien et pas un rat mauvais
Un air pesant et lourd sans détour s’installait
Au milieu des façades défraichies à jamais
L’eau était orpheline de tous fretins mutins
Aucune souvenance de ce miroir sans tain
La mer ne portait plus la moindre feuille morte
L’écume et les embruns figés en quelque sorte
La croûte s’ennuyait de ses vers solitaires
Ni dure, ni meuble, posée comme un plaid ordinaire
La terre ne s’ouvrait plus sur des pousses légères
Montagnes et vallées devenaient étrangères
La chaleur des foyers disparue en enfer
Abandonnant, épars, quelques plaques de verre
Feu souvenir, les flammes s’émancipaient ailleurs
En attendant, sévères, que le soleil ne meurt